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Les membres de l'OTAN mutiques sur les droits de l'Homme en Turquie
information fournie par Reuters 01/07/2026 à 13:55

* Les dirigeants de l'OTAN se réuniront à Ankara les 7 et 8 juillet

* Première visite de Donald Trump en Turquie en tant que président

* La répression de l'opposition turque devrait être passée sous silence

* Les Occidentaux privilégient les relations en matière de sécurité et de défense

par Jonathan Spicer

Il y a cinq ans, dix membres occidentaux de l'Otan étaient passés tout près d'une crise diplomatique majeure avec la Turquie lorsque leurs ambassadeurs avaient réclamé la libération d'un opposant turc présenté comme un "prisonnier politique", à la fureur du président Recep Tayyip Erdogan qui les avait menacés d'expulsion.

Après deux jours de vives tensions, les pays concernés, dont les États-Unis, la France ou l'Allemagne, avaient fait amende honorable en publiant des déclarations conciliantes, tandis que le président Erdogan les avait absous en affirmant qu'ils feraient preuve de davantage de prudence à l'avenir.

C'est exactement ce qui s'est passé.

Depuis 2021 - et surtout depuis que le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie un an plus tard -, les pays occidentaux ont fermé les yeux sur le bilan de la Turquie en matière de droits de l'Homme et de libertés fondamentales, préférant privilégier le renforcement des liens dans le domaine de la sécurité avec cette puissance militaire régionale et ce grand exportateur d'armes.

Ce revirement diplomatique devrait être particulièrement visible lorsque les dirigeants des 32 États membres de l'Otan se réuniront à Ankara les 7 et 8 juillet.

Selon des diplomates occidentaux et turcs impliqués dans les préparatifs du sommet, il ne devrait pas être question de la répression judiciaire sans précédent menée contre le principal parti d'opposition turc, le Parti républicain du peuple (CHP), dont l'incarcération du très populaire maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, qui faisait figure de principal rival de Recep Tayyip Erdogan en vue de la prochaine élection présidentielle.

LE SILENCE DE L'OCCIDENT

Pour les détracteurs du président turc, les pays occidentaux encouragent par leur silence la dérive autoritaire de la Turquie en même temps qu'ils foulent aux pieds les principes fondateurs de l'Otan que sont la démocratie et l'État de droit.

"L'Occident devrait continuer à dénoncer la dégradation des institutions démocratiques en Turquie, car rien n'est encore irréversible", estime David Satterfield, ancien ambassadeur des États-Unis à Ankara.

"Il est important que les Turcs entendent d'autres voix s'exprimer ainsi sur leur système politique", ajoute l'ancien diplomate, qui dirige aujourd'hui l'Institut James Baker pour les politiques publiques, basé à Houston, au Texas.

David Satterfield fait partie des ambassadeurs que Recep Tayyip Erdogan avait déclaré "persona non grata" en 2021 en raison de leur soutien public au philanthrope Osman Kavala, emprisonné depuis neuf ans au motif qu'il aurait tenté de renverser le gouvernement, accusation qu'il nie. La Cour européenne des droits de l'Homme a statué qu'Osman Kavala et d'autres personnes impliquées dans cette affaire devaient être libérés en raison de l'insuffisance de preuves.

Le parti au pouvoir à Ankara rejette systématiquement les critiques visant les arrestations de ses opposants les plus en vue, affirmant que le pouvoir judiciaire est indépendant.

Le CHP, dont des centaines de responsables et d'élus ont été emprisonnés depuis deux ans, a dénoncé pour sa part un "coup d'état judiciaire" après l'arrestation de plusieurs de ses dirigeants, dont Ekrem Imamoglu.

DÉTENTIONS ET RESTRICTIONS À L'APPROCHE DU SOMMET

Le pouvoir turc a encore resserré son étreinte à l'approche du sommet de l'Otan, plaçant plus de 200 personnes en détention pour "raisons de sécurité" et interdisant l'accès à l'évènement à des dizaines de journalistes turcs travaillant pour des médias indépendants.

Ni la présidence turque, ni l'Otan n'ont souhaité faire de commentaire à ce sujet.

A la question de savoir si l'alliance prévoit de soulever la question du respect des droits de l'Homme lors du sommet, un responsable de l'Otan a renvoyé à une déclaration antérieure sur l'accréditation des journalistes qui devraient, selon lui, être autorisés à couvrir l'évènement.

Peu de capitales étrangères se sont exprimées ouvertement sur la répression à l'encontre du CHP. Certains diplomates font valoir que les critiques publiques n'ont jamais poussé Ankara à changer de politique, et qu'ils préfèrent donc faire part de leurs préoccupations en privé aux responsables turcs.

Le sommet de l'Otan constituera la première visite de Donald Trump en Turquie en tant que président des États-Unis et sera l'occasion pour ce dernier d'avoir un entretien bilatéral avec son "ami" Recep Tayyip Erdogan.

RELATION TRANSACTIONNELLE

Ankara insiste pour que le sommet mette en avant l'unité de l'alliance et contribue à renforcer les partenariats dans le domaine de l'industrie de la défense. Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, a déclaré que des contrats d'une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars seraient annoncés.

La Turquie, deuxième armée de l'Otan et grande exportatrice de drones militaires, est de nouveau perçue par les alliés comme un rempart contre l'expansionnisme russe, comme c'était le cas à l'époque de la Guerre froide, malgré ses relations relativement cordiales avec Moscou.

Les pays occidentaux ont "dans une certaine mesure renoncé à leurs valeurs et préfèrent une relation transactionnelle avec la Turquie en sachant qu'elle est indispensable à la défense de l'Europe", considère Karol Wasilewski, spécialiste de l'Asie mineure au Centre d'études orientales de Varsovie.

Dans ce contexte, ajoute-t-il, Ankara a bien compris que toute critique occidentale envers sa politique en matière de droits de l'Homme restera modérée et "ne se traduira pas par des actes".

(Reportage de Jonathan Spicer, version française Tangi Salaün, édité par Benoit Van Overstraeten)

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